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Extrait du manuscrit de L'Ecole des Plaisir





 

Extrait du manuscrit du second livre (à paraître)
L'Ecole des palisirs (titre provisoir)

Clarence va entrer au Lycée, elle ne connait pas grand chose de la sexualité. Sa cousine Julia, étudiante en médecine, l'instruit :

-- L’autre fois, reprit Clarence, tu as insinué que les femmes se masturbaient. Tu peux m’en parler ?
-- Je ne me rappelle pas en avoir parlé ! Bien sûr que les femmes se masturbent ! Seulement elles commencent généralement plus tard que les garçons, puisque leur libido s’active plus tard. A peu près à ton âge …
Oh la ! Clarence se sent rougir ! Espérons qu’avec la chaleur, cela ne se voit pas. Elle boit un peu. Elle ne sait plus quoi dire, submergée par de nombreuses images, notamment celle de Julia en train de se masturber, sans savoir vraiment ce que représente se masturber pour une femme. Ridicule, se dit-elle, elle a un homme. Julia reprend :
-- Je t’avais parlé, je crois, de la prohibition de la masturbation qui avait quasiment aboutit, pour les femmes, à la disparition de la représentation du clitoris.
-- Oui, je me rappelle : l’excision psychique, poursuit Clarence. Mais quel lien entre la masturbation et le clitoris ? La masturbation féminine n’est-elle pas centrée sur la pénétration ?
-- Ah ! …
Julia est un peu surprise par l’ignorance de sa cousine. Elle marque un bref arrêt, le temps de réorganiser sa réponse. Elle choisit de repartir de l’historique.
-- Pendant plus de deux siècles, poursuit Julia, avec l’interdit de la masturbation, de 1750 environ jusqu’à 1968, la seule pratique sexuelle autorisée était la pénétration, dans le cadre du mariage bien sûr. Toute caresse intime, en solitaire ou en couple, était interdite parce que cela représentait une forme de masturbation.
Clarence se sent rassurée par cet exposé qui lui laisse du temps pour intégrer car elle en a besoin !
-- Outre l’aspect nataliste de cette prohibition …
-- Pourquoi nataliste ? interrompt Clarence.
-- Si la seule pratique autorisée est la pénétration, c’est le meilleur moyen pour augmenter les naissances, en l’absence de moyens efficaces de contraception.
De nouveau Clarence chavire : pour elle, la sexualité, c’est la pénétration, point barre. Que peut bien vouloir encore évoquer Julia, de quelle planète vient-elle ?
Julia perçoit dans le regard de sa cousine une lueur, non, un assombrissement d’effroi. La culture sexuelle chrétienne serait-elle plus coriace qu’elle ne le croyait ? Elle poursuit en prenant soin de ne plus prononcer le mot masturbation qui semble encore tabou pour Clarence :
-- Les caresses intimes sont importantes dans la sexualité.
Caresses intimes, Clarence n’y avait pas pensé. En plus, caresses intimes, cela fait comme un peu de douceur dans un monde de brutes.
-- On peut les pratiquer seul(e) ou en couple, poursuit Julia. Pour l’homme, ces caresses se font sur l’ensemble du sexe et plus précisément sur la verge, sur le gland et peuvent amener l’homme jusqu’à l’éjaculation qui correspond aussi à l’orgasme, c’est-à-dire un court moment de plaisir immense, moment accompagné de spasmes involontaires.
Julia a peur d’aller trop vite, elle est attentive à la réaction de Clarence qui a apparemment envie d’en savoir plus.
-- L’orgasme est toujours lié à l’éjaculation ? demande Clarence, … que l’homme soit seul ou en couple, ce n’est pas pareil, quand même ?
-- Il y a plusieurs écoles. Moi je pense que l’orgasme est essentiellement lié à l’éjaculation. L’événement orgasme se traduit le plus souvent chez l’homme par l’éjaculation, des spasmes éjaculatoires mais aussi des spasmes sur tout le corps, un plaisir intense et une résolution de la tension sexuelle, un apaisement. Mais le ressenti de l’orgasme est subjectif, il dépend de chacun et même de chaque fois. Le plaisir ressenti est probablement différent seul et en couple, il faudrait demander à un homme.
-- Dans le dictionnaire, l’orgasme est le point culminant du plaisir, dit Clarence qui avait déjà regardé la définition. On n'y parle pas d’éjaculation.
-- Je sais, répond Julia, Mais je fais partie de ceux qui ne sont pas d’accord avec cette définition. (...) Je préfère définir un événement sexuel précis que l’on peut décrire, tout en sachant que le ressenti, lui, varie d’une personne ou d’un contexte à l’autre, il est primordial mais subjectif donc très varié.
-- Hum ! Et pour la femme ?
-- Si on veut garder la même définition, l’événement orgasme provient essentiellement de la caresse du clitoris.
-- Ce n’est pas possible, Julia, l’orgasme de la femme advient quand elle fait l’amour, quand elle est pénétrée, s’exclame Clarence.
Alors même que ces mots sortent de sa bouche, Clarence se demande d’où elle tient cette information qui lui paraît pourtant aussi solide que du roc. Simultanément, ses premiers émois clitoridiens traversent sa pensée comme un éclair.
-- Clarence, tu n’as pas forcément tort car la sexologie est encore divisée à ce sujet. En fait, la sexologie évite, refuse la définition de l’orgasme. Donc chacun voit midi à sa porte, chacun s’auto-détermine dans sa propre définition personnelle, ce qui est pour moi porteur de non-définition. Je fais partie de ceux qui préfèrent une définition précise de l’événement orgasme, avec une similitude forte entre l’homme et la femme. Et seule l’extase clitoridienne est brève, accompagnée de spasmes du vagin mais aussi de tout le corps, et suivi d’une profonde détente, tout comme l’orgasme masculin généralement associé à l’éjaculation.

Un ange passe, Clarence essaie d’organiser sa pensée autour de cette nouvelle donne.